Lors de ton finissage d’exposition j’ai cru comprendre qu’un cycle de ton existence prenait fin. Ton nouveau cycle de vie fera-t-il l’objet d’un nouvel atlas ? D’un nouvel Observatoire des Éphéméries ?

 

« Éphémérie »est un néologisme créé à partir du terme éphémère et du nom éphéméride, un ouvrage qui recense ou rappelle des événements d'un territoire donné. L’Observatoire des Éphéméries est ma zone autonome temporaire, ma phantasia. Dans le cas de la Genèse de l’Observatoire, le territoire était le labyrinthe initiatique où j’ai accepté l’errance. Au cours de mes voyages géographiques, oniriques et initiatiques, mes « circumnavigations », j’ai observé l’éphémère de l’existence à la recherche de cet instant T où l’Espace-Temps contrôlé par les hommes est en suspend, où la sensation d’éternité opère, où l’invisible éclaire celui qui sait observer. J’ai arpenté, expérimenté et créé ma propre méthode d’encodage avec des régimes de signes et de statuts d’état des choses différents. J’ai dessiné mon territoire à partir d’un angle impossible avec la vagabonde certitude que la carte contrôlée ne peut pas être exacte. L’Observatoire des Éphéméries est une psycho-topographie avec son nomadisme psychique et sa carte de l’imagination, ses bricolages et son aspect nécrophage de l’information. Animée de tourbillons et d’afflux d’énergie, de passages secrets et de surprises, la Genèse a pris vie grâce aux balises que sont les Capsules de Pensées Magiques dissimulées. Avec ce paradigme, j’ai tracé ma ligne du monde, mon fil d’Ariane, sur mon intériorité. Des mouvements, des intégrations et des métamorphoses ont eu lieu : la différence est faite. Alors l’aventure de l’Observatoire des Éphéméries se poursuit avec l’élévation d’un édifice  sous le signe de la bienveillance et du partage : le Dôme. La carte de son Mat est en cours de réalisation.

 

Peux-tu me définir en quelques phrases ta conception de l’autarcie ?

 

L’autarcie qu’elle soit économique ou intellectuelle préconise l'état de celui qui se suffit à lui-même et n'entretient pas d'échanges. Elle semble se justifier par une fonction de sécurité et d'assurance temporaire. Ma conception de l’harmonie du monde et de l’homme libre s’oppose à cet état. Un homme peut s’initié à la liberté en commencent par se mettre en danger en temps et lieu afin de s’élever au-dessus de lui-même. L’autarcie tente d’échapper à l’épreuve de l’altérité et éphémère de la vie. Ma démarche artistique est la relation à tout l’Autre. Cette interaction illumine notre être authentique : à partir du moment que l’on est capable d’écouter tout Autre, de lui transmettre ce que l’on est, de comprendre ce qu’il est, alors on se métamorphose. Ma méthode de travail  est de construire peu à peu mon humanité avec tout Autre. Il s’agit d’être.

 

Ton animal totémique, pourquoi la louve ?

 

Le loup est un animal sauvage possédant une intuition aiguisée, une vivacité d’esprit et un appétit de liberté. Dévoué, il a le sens du sacrifice. Il est prêt à payer de lui-même pour le bien de tous. Animal grégaire, sa vie sociable est d’une grande richesse et d’une grande complexité. En vieillissant, il n’est pourtant pas rare qu’il finisse par s’isoler, qu’il s’exclu lui-même du groupe. Il sent le temps de découvrir l’au-delà et qu’il sait se préparer. Cela lui vaut d’être très justement considéré comme un initiateur au sacré, un passeur entre le monde terrestre et le monde spirituel. Sa connaissance de l’âme humaine et des secrets de l’au-delà le fait régner sur les morts dans certaines cultures.

 

Mon animal totémique est apparu suite à deux événements avant mes 12 ans : la visite d’une louve et une morsure que j’ai infligé à l’entre cuisse d’une fille. Pour la morsure, je n'en suis pas fière... Is Loba était en gestation mais elle est née bien plus tard… La louve a toujours été associée à ma personnalité par mes plus proches.

 

Le pouvoir totémique de la louve fait référence au lien profond de l’intuition où se rejoignent la Nature et la Spiritualité. La louve exprime la conscience de l’invisible, ainsi que la sensibilité aux phénomènes naturels qui échappent au mental. Elle symbolise la liberté spirituelle. Initiatrice, la Louve participe à l’éveil intérieur et à la régénération. Elle aide à nourrir le moi authentique. Je me sens plus proche du chamane que de l’artiste.  Is Loba est l’expression d’un territoire initiatique. La louve est sa sage-conseillère.

 

Peux-tu me parler du lien entre tes voyages – initiations — et ta vision du monde qui nous entoure ?

 

Je suis habitée par un puissant besoin inné d’harmonie. Ma perception du monde est une symphonie avec son corps d’harmonie et sa partition invisible. C’est grâce à sa forme qu’un corps d’harmonie peut émettre des dizaines de notes spécifiques. Chaque élément de notre univers est une note singulière, une fréquence qui modifie la forme du monde à chaque vibration. Les modifications apportées à la forme influencent à leur tour les vibrations et changent les notes. L’errance, la dérive contemplative, l’acceptation de se perdre créent les épreuves pour comprendre et vivre en pleine conscience cette symphonie. Le voyage modifie les espaces et les fréquences de l’individu et son interdépendance au monde. L’Observatoire des Ephéméries est mon vecteur narratif de transformations. Peut-être que la vraie raison de son existence est de vouloir me confondre et de battre à l’unisson du monde ? Peut-être…

 

Depuis avril 2015, tu t’ouvres à une nouvelle ère. Sur quel thème ou projet artistique travailles-tu depuis ?

 

Je travaille actuellement sur l’évolution de l’édifice de l’Observatoire des Éphéméries c’est-à-dire le Dôme et son Mat. La nouvelle ère fait suite à la Genèse de l’Observatoire des Éphéméries - 2007/2014 - qui a été les fondations de l’édifice de l’Observatoire. La transition a été marquée par l’événement du Dôme, le 26 avril 2015, où douze artistes ont apporté leur réponse ce jour là à une lettre unique et personnelle que je leur avais transmise trois mois auparavant. J’avais émis le souhait d’ériger un Dôme pour la nouvelle ère et de rassembler des fragments de vie sous la protection symbolique de cette voûte afin de former l’archétype d’une humanité soucieuse d’assumer notre époque. Il fallait commencer par le Mat. Et pour cette transition, je souhaitais qu’elle soit un instant collectif magique. Les lettre étaient accompagnées d’un présent : une représentation du future dôme de l’Observatoire avec une capsule de Pensée Magique encore vierge et quatre entrées de l’Observatoire à expérimenter : un acte psychomagique, un rêve, l’ostracisme et un instant T de leur vie. Je les invitais à mettre leur Pensée Magique et à expérimenter l’Observatoire avec leur vécu pendant ces trois mois où ils réalisaient leur réponse à ma lettre épistolaire. J’ai fait appelle à leur valeur d’intériorité, de retour sur soi et à leur imaginaire. Le 26 avril, les douze artistes «  épistoliers » ont présenté leur réponse sous la forme qu’ils souhaitaient. Puis devant témoin, j’ai scellé leurs Pensées Magiques dans de la résine sous la forme d’une colonne vertébrale : la Colomna Vertabilis Vitalis qui représente le Mat du Dôme. Je me suis constituée écuyère : mon devoir est de veiller sur le secret de leur Pensée Magique dont je n’ai aucune connaissance. Je me suis engagée à acheminer et cacher le Mat Columna Vertabilis Vitalis  en Islande. J’ai choisi cette île car elle est la principale source de lave à 70% à la surface de la Terre et qu’elle se situe sur la dorsale médio-océanique qui se caractérise par l’écartement entre les plaques nord-américaine et eurasienne à raison de 2,5cm par an. Tous les types de volcanismes y sont présents. On y trouve les colonnes basaltiques qui ont souvent une section hexagonale plus ou moins régulières. Plus le refroidissement de la lave est lente plus les prismes sont réguliers. Ces colonnes de ce magnifique pays de glace et de feu ont inspiré de nombreux architectes. Donc il me parait évident que le Mat du Dôme de l’Observatoire doit être planté sur cette île. La Columna Vertabilis Vitalis doit s’élever et s’épanouir avec les forces telluriques de la dorsale.

 

Enfin, je poursuis l’Observatoire des Éphéméries avec son Dôme. Je fais actuellement de nouvelles cartes, réalise un nouveau format numérique de l’Observatoire et poursuis le projet Wei Sti. Des nouvelles vidéos, des photos… Des Polaroid, support que j’affectionne. Mais aussi beaucoup de capsules  sonores... Je crée aussi beaucoup d’objets actuellement : la nouvelle ère est plus dans la matière. Enfin je prépare mes futures expéditions avec de nouveaux objectifs. J’écoute mon rythme intérieur, j’écris et je continue de dessiner ma ligne. Et puis demain… Comme l’évoque si bien Omar Fitzgerald : « Demain ? Oui, demain  je pourrais être moi-même avec les sept-mille ans d’hier. »

 

 

Interview Agathe Posada Régnier, septembre 2015

© Is Loba - Tous droits réservés  |  Mentions légales

     Is Loba - All rights reserved  |  Général Conditions

Design by Is Loba

2015 - 2016